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Little Bird. Episode 1 : Little Bird, petit rouge gorge.

Sasha pleure assise au sommet d’un rocher. Elle voit de ses propres yeux la brutale réalité, la désolation régnant sur la planète. Elle s’y attendait mais son imagination était restée en deçà de ce qui l’entoure. C’est un fardeau, d’être la seule personne à avoir les capacités nécessaires à une telle sortie hors du centre de survie.

Elle s’est promenée dans les montagnes environnantes à la recherche d’une trace de vie. La seule réponse qu’elle formulera à son retour au centre lui déplait. Elle n’a pas vu d’arbres, ni de fleurs, ni le moindre animal. Les flaques d’eau éparses sur son chemin bullaient comme de l’acide, pas l’ombre d’un oiseau ne sifflote, et qui sait combien elle les admirait dans les films de la bibliothèque. Il y a juste ce silence étouffant. Seules quelques turbulences troublent l’atmosphère rendant un son semblable à celui du vent. Le ciel est un étrange tapis de nuage noircissant le soleil, une bille lumineuse qui s’est si affaiblit ces dernières années. La luminosité est majoritairement bleuâtre, car la lumière se reflétant constamment sur deux micro-lunes apparues récemment en orbite. La pesanteur a perdu de sa force, la poussière et de minces cailloux lévitent invariablement à une dizaine de centimètres du sol. L’air, lui, est toxique pour les êtres humains et les êtres vivants en général depuis un siècle environ. L’aura énergétique de protection enveloppant Sasha ne lui permet pas de rendre son espace vital respirable, sa réserve d’oxygène diminue au gré de ses déplacements. Il ne lui reste pas plus d’une demi-heure d’autonomie ce qui l’oblige à rebrousser chemin vers le centre de survie. Cependant ce n’est pas la seule raison, la présence d’un objet dans son espace vital influe sur son aura protectrice, cela demande beaucoup plus de force et des signes de fatigues apparaissent. Elle se dirige vers le centre.

 

Comme tous, Sasha a grandit cloisonnée dans le « Centre de Survie Â». Ce Bunker de sept étages en sous sol a été, si l’on peut dire, ouvert à la face du monde en 2010, élevé dans l’urgence quelque part dans l’ancienne Europe. Une guerre nucléaire a abouti à la destruction de la lune alors qu’au départ tout n’était qu’une course à la conquête de l’espace. Deux cent ans passèrent durant lesquelles l’écosystème s’est rapidement modifié, la destruction de l’astre lunaire en est une des causes certaines. En surface le centre de survie apparait comme une citadelle au centre d’une forteresse, un gigantesque amas de titane brillant comme une sorte de phare englobé dans un champ de force magnétique. Tout a été conçu pour qu’il soit viable en autonomie complète, puisant ses ressources dans les énergies renouvelables. Au départ 5000 personnes se répartissaient les tâches dans les champs sous serres, dans la station d’épuration et l’usine d’eau de synthèse, même la lumière artificielle est récupérée pour optimiser la production électrique et ainsi décharger le générateur nucléaire du dernier sous-sol. Bibliothèque, salles de classe, cinéma, clinique, pharmacie, laboratoires, restaurant, zone résidentielle, terrains de sports… tout y est, une ville miniature coupée de l’extérieur. On dit qu’une grande partie du savoir et des technologies y ont été sauvegardés.  

 

Sasha est fière de ses vingt ans depuis trois jours or on ne prête plus attention au calendrier, seule une grande horloge dans le hangar de la place du marché voit encore le temps courir. Peut être une conséquence de l’envie de pouvoir un jour recoloniser la Terre et vivre en liberté. Sasha n’est pas malheureuse pour autant, éduquée au sein d’une famille sereine. La jeune fille blonde aux yeux verts s’est toujours sentie dépassée par la destinée qu’on lui a pressentie. Le pouvoir qu’elle a développé dès l’adolescence surpasse celui du dernier homme à être allé voir le « dehors Â». Lui avait 40 ans quand il a eu la force et le courage nécessaire à une telle sortie au péril de sa vie. Elle est spéciale et elle en a parfois une peur bleue. Son sens de la responsabilité lui donne la bravoure de prendre les devants. Elle s’est beaucoup réfugiée dans les vidéos de la bibliothèque, là ou elle trouva son film préféré, un documentaire des années 1990 mettant en scène un rouge gorge, d’où un petit surnom qu’elle habite physiquement par des rougeoiements dans sa chevelure, ses mèches et reflets.

 

La porte se referme derrière Sasha, une diode verte s’allume précédé d’un sifflement due à la pressurisation du sas. Une seconde porte s’ouvre et lui donne accès à un vestiaire. Sasha file alors sous la douche, cherchant les mots qu’elle pourra bien utiliser pour exprimer ce qu’elle a vu dehors. Une fois séchée, elle s’arrêta devant un miroir ou elle essuya la vapeur de sa main, face à elle-même, se regardant droit dans les yeux, retardant son discours ainsi, espérant que son reflet lui donnera une réponse, le cran lui manquant devant l’espoir des autres, qu’elle s’apprête à briser dans de profonds regrets. L’espoir de l’ignorance ! Les caméras de surveillances, le satellite du centre ne donnant plus aucunes nouvelles du dehors sur le monde depuis une quarantaine d’années. Une fois habillée de sa longue robe rouge Sasha s’avance vers la sortie du vestiaire. Elle emprunta de nombreux couloirs et un ascenseur jusqu’à atteindre une grande salle de conférence, un bel amphithéâtre ou de nombreuses peintures retraçant l’histoire de Rome tapissent les murs. Elle a croisé de nombreux regards avant de gagner le pupitre et approcher sa bouche du microphone. « Bonjour à tous Â», dit-elle timidement. «Vous attendez tous mes observations sur ma sortie. Je voudrais rassurez ma mère, tout va bien, mon aura m’a protégée des poussières et éclats de météores comme on l’espérait. C’est assez difficile de rendre compte de ce que j’ai vu et j’en suis très heurtée. C’est pourquoi je vais faire très court : je n’ai trouvée pas la moindre trace de vie. J’en suis désolé. Â» Ce que Sasha ressent à se moment est un étrange mélange d’amertume et de déception. « J’ai l’impression d’écraser l’espoir et les rêves des gens, c’est atroce… Â» Elle ne se rend pas compte que l’espoir des gens réside en elle. Miss Sasha va ensuite se présenter à un rendez-vous avec son mentor pour discutez de tout ce qu’elle vécu, elle sait qu’il va l’aider à tenir le coup.

 

Koji, son mentor, l’attend dans le parc artificiel au niveau -5. Ils s’entrainent et discutent toujours près du ruisseau ou subsistent quelques truites et carpes ainsi que les derniers oiseaux et autres animaux, des bestioles élevées dans le centre. Koji est un petit asiatique de 70 ans vêtu simplement, allant toujours nus pieds. Il y a 40 ans c’était le deuxième homme à tenter une sortie, et le premier à revenir vivant. C’est son meilleur ami, partit deux jours plus tôt qui n’était jamais revenu et Koji n’a pas réussit à le retrouver.

Koji avait expliqué à Sasha qu’il était plus faible que Théo et qu’il n’avait pu suivre sa piste jusqu’au bout. Koji n’a pas une aura surpuissante, mais il maîtrise son potentiel parfaitement, ce qui en fait un bon professeur pour Sasha et les autres gosses. Sasha a déjà surpassée son maître mais elle n’a que très peu d’expérience face à son pouvoir. Il est sa seul aide, son seul réconfort.

8 ans plus tôt au même endroit, c’était la première leçon de Sasha :

« Tu vois Sasha, ton aura te servira dans un premier lieu à te protéger des projectiles qui se baladent dans l’atmosphère, des agressions des rayons irradiants provenant de l’espace. Selon ton potentiel et ton travail à le développer qui sait ce que tu seras capable de faire dans le futur. Tu es très en avance sur nous tous, à toi d’avoir l’humilité et la sagesse de t’en rendre responsable. Je vais t’aider pour ça, je serais une oreille pour t’écouter, une épaule pour te soutenir, une bouche pour te conseiller mais tu auras toujours le choix. Aujourd’hui, ton aura n’entoure que tes bras, ce n’est qu’un début. Ce qui est positif, c’est que tu ne sembles pas très limitée dans la durée au vue de ta résistance. Les premières choses que tu dois savoir sont celles-ci. Tu devras sans doute accepter la nudité la plus complète pour autoriser ton aura à se développer car tout étant en contact avec la peau freine notre énergie. Il faudra beaucoup méditer et entretenir ton corps par la pratique du sport et une bonne hygiène de vie… Par contre dis moi Sasha, quel es ton objectif ou plutôt de quoi rêves tu ? Â»

« Merci Koji, je suis contente que tu me prennes sous ton aile, c’est gentil de ta part. S’il y a quelque chose dont je rêve, ce serait de m’envoler parmi des centaines de petits oiseaux comme celui qui se trouve sur la branche là-bas. Â» Elle montre du doigt à Koji la direction du saule pleureur. Celui-ci lui a répondu amusé : « Ah ! Un rouge gorge ! Il est mignon n’est ce pas ? Je crois que je t’ai trouvé un surnom Sasha. Dorénavant je crois que je t’appellerai « Little Bird Â»â€¦ 

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