J’me vois déjà planer par delà les nuages,
Voguant vers d’inconcevables paysages,
Epanchant ma soif d’inconnu insatiable,
Apprendre davantage et revenir délivrer mes récits de voyages.
J’me vois déjà défrayer la chronique,
Susciter votre curiosité poétique,
Attiser la critique journalistique,
Effrayer les rimeurs atypiques.
J’me vois déjà produit par un virtuose,
M’aidant à améliorer ma technique de pose,
M’donnant les moyens d’évoluer dans ma prose.
Pas d’autre recette qu’le taf pour la bonne dose.
J’me vois déjà en haut de l’affiche,
Vivre des traces de mon stylo fétiche,
Partageant mes textes sur scène, sans triche.
Seuls vos applaudissements font de moi un homme riche.
J’me vois déjà aider ma famille et mes amis,
Retrouver enfin la femme de ma vie,
Guérir temporairement les cœurs injustement enchaînés à un lit,
Décanter toutes raisons
affichées aux conflits.
J’me vois déjà trop en retard ou trop en avance,
Emouvoir par l’espoir non par la désespérance,
Savoir être un exemple d’quelqu’un qui a su saisir sa chance,
Rester humble et modeste jusqu’à la fin de la danse.
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que ça.
Un rêve, un cauchemar,
Un droit d’espoir,
Un devoir d’aller jusqu’où il faut pour voir,
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que toi.
J’me vois déjà SDF du micro,
Ecarté par toutes les radios,
Rejeté par toutes les chaînes de clips vidéos,
N’étant pas au format du vendeur héros.
J’me vois déjà frôler l’apothéose,
Et me laisser enivrer sous hypnose,
Perdre le contrôle, sombrer dans la névrose,
Mourir en camé, délaissé dans mon impure overdose.
J’me vois déjà m’ouvrir les veines
Dans le meilleur des mondes d’un Le Pen,
Si l’on n’arrête pas les types comme Ben Laden,
Si l’on ne détruit pas la peine qui dans les ghettos haine.
J’me vois déjà oublier ma jeunesse, mes convictions,
Ne plus pouvoir lutter contre l’horreur de nos réelles visions,
Péter un plomb et causer douleur et déception,
Ne devenir que le plus beau modèle de désillusions.
J’me vois déjà n’avoir été qu’un idéaliste utopiste,
Que je suis certes, mais qui n’a apporté aucune solution
réaliste,
Qui n’a ouvert aucune piste pour éviter l’essor du triste,
Partir sans que mes paroles n’aient aidés personne de la sociale
liste.
J’me vois déjà n’avoir accompli nul acte respectable,
Jugé par tous comme une espèce d’incapable,
Ayant abandonné malgré lui son optique difficilement palpable,
Moi qui voulais sculpter mon art d’une manière inconcevable.
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que ça.
Un rêve, un cauchemar,
Un droit d’espoir,
Un devoir d’aller jusqu’où il faut pour voir,
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que toi.
J’me voyais déjà écrire en cours
de lettres,
Ne sachant pas si j’arriverai à
devenir ce que je voudrai être,
Une sorte d’écrivain, slameur
urbain que rien n’arrête,
Crachant sur la violence, bavant
devant c’que l’on appelle Poète.
J’me vois déjà en train
d’évoluer sur des pages de moins en moins blanches,
Epouser sans arrêt la
revendication de mon attitude franche,
A la foi
solitaire et son contraire,
Ma solitude j’l’écourte comme
j’peux pour n’pas devenir étanche.
J’enclenche inévitablement
l’ambition de faire vibrer les planches.
J’me vois déjà à la foi bon,
mauvais, face aux autres,
Sans compétition aucune, mon
esprit compétitif s’nivelle aux autres
Parce que mon seul adversaire
est « moi-même » et ses fautes,
Sévère avec moi-même, mon niveau
je ne le veux stagnant quitte à c’que j’me vautre.
J’me vois déjà ne pas hésiter à
prendre des risques,
Je n’ai rien à perdre et ma
direction vous l’indique,
Je chuterai tant qu’il faut
jusqu’à temps qu’je tombe à pic,
Mes études j’ai pris l’temps
d’les arrêter pour grandir avec ma slam-clic.
J’me vois déjà du genre ne
cherchant des poux à personne,
Si tu me trouve à tord,
j’vérifie qu’tu n’as plus d’pouls en personne,
Pourtant prêt à t’laisser une
chance si tu déconnes,
Trahi ma confiance et je te
raisonne.
J’me vois déjà percevoir le
graal en eaux troubles,
Autant que faire ce peu
d’espérances je redouble,
Lâchant rien, mes efforts se
dédoublent,
Passionnelle est ma raison, J’ne
cours pas après de misérables roubles.
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que ça.
Un rêve, un cauchemar,
Un droit d’espoir,
Un devoir d’aller jusqu’où il faut pour voir,
J’me vois déjà,
J’m’y crois pas plus que toi.
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